Zachary Richard : Écrire pour inspirer

19 février 2013

Originaire de Scott, un petit village situé près de Lafayette, en Louisiane, Zachary Richard est un auteur-compositeur-chanteur, accordéoniste, multi-instrumentiste et poète américain de musique cadienne et de zydeco. En plus de la musique, il a publié des recueils de poésie ainsi que des contes pour enfants. Il vient de lancer à l’automne 2012 son 20e disque, intitulé Le Fou, en même temps que l’essai Les Acadiennes et les Acadiens de la Louisiane (Éditions de la Grande Marée). Il a accepté d’accorder une entrevue à À vos livres pour son nouveau guide lecture.

À vos livres : Que représente pour vous l’écriture d’un livre?

Zachary Richard : L’écriture est une aventure et une découverte. Écrire, c’est chercher à comprendre non simplement ce qui se passe dans le monde dit réel, mais aussi ce qui se passe dans le monde spirituel. On part à la recherche sans vraiment savoir où la muse nous entraînera et on revient avec nos trouvailles, comme un chasseur avec le produit de sa chasse, en espérant que notre proie va pouvoir nourrir autrui. Ce qui me motive dans l’écriture, c’est l’idée que quelqu’un que je ne connais même pas sera inspiré, soulagé, excité et enrichi par mes histoires et les voyages dans lesquels je l’ai emmené.

AVL :  En quoi se distinguent l’écriture d’une chanson et celle d’un livre?

ZR : Ma chanson se distingue de ma poésie par sa rigueur. Dans la chanson populaire telle que je la pratique, les pieds sont comptés et la rime s’impose. En poésie, la forme est plus fluide, ce qui permet plus d’audace et de subtilité. Dans la prose, les mêmes éléments existent mais ils sont disposés de façon plus espacée. Le rythme, la cadence, la sonorité des mots et même la mélodie sont présents, mais l’effet désiré est beaucoup plus lent à venir. La poésie et la chanson ont un impact immédiat et les éléments qu’on utilise doivent être efficaces rapidement. Avec la prose, on peut se permettre plus de patience. Si la poésie est un volcan, la prose est un mouvement tectonique. Les deux arrivent à soulever des montagnes.
AVL : Pourquoi avoir voulu retracer l’histoire des Acadiennes et Acadiens de la Louisiane?

ZR : Ce livre est une façon pour moi de repayer une dette que j’ai envers la culture acadienne. Il est aussi une preuve de la solidarité inter-acadienne. La première version a été publiée au Nouveau-Brunswick. Intitulé Les Acadiens et les Acadiennes du Nouveau-Brunswick (Éditions de la Grande Marée), le livre retraçait l’histoire de la communauté acadienne de cette province maritime. Quand je l’ai vu, j’ai tout de suite imaginé une version consacrée à la communauté acadienne en Louisiane, surtout parce que l’histoire des Acadiens de la Louisiane est mal connue chez nous. J’ai eu beaucoup d’aide de la part d’amis au Nouveau-Brunswick. Mirelle Cyr, Bernard Thériault et Maurice Basque ont soutenu mon idée et m’ont présenté à Jacques Ouellet, l’éditeur du premier livre. Avec une générosité exceptionnelle, M. Ouellet m’a fourni les dossiers sources. Pendant deux ans, j’ai travaillé à la recherche des images et à la création du livre avec mes
collègues louisianais, tous bénévoles. J’ai écrit les textes, mais je dois reconnaître que je me suis inspiré du travail des historiens acadiens, notamment Barry Ancelet.

AVL : Pourquoi est-ce important que les petites communautés francophones comme la Louisiane et l’Acadie éditent leurs propres livres?

ZR : La publication de livres en français est essentielle à la survie des communautés francophones en milieu minoritaire comme la nôtre. Ces livres sont la preuve que nous existons et que nous pouvons être membres à part entière de la communauté francophone. Le livre est un moyen très efficace de promouvoir et de protéger la culture francophone en milieu minoritaire. Découvrir des oeuvres en français publiées chez eux renforce l’identité francophone des jeunes étudiants.

AVL : Songez-vous à écrire un nouveau livre dans un avenir prochain?Avez-vous déjà un projet en tête?

ZR :Je songe à plusieurs choses : un album de chansons composées avec mon petit-fils, un quatrième tome dans la série Les Aventures de Télésphore et Petit Edvard, un nouveau recueil de poésie et peut-être, un beau jour, le roman qui me trotte dans la tête depuis longtemps. En attendant, je me réjouis de ce projet qui a déjà eu un impact considérable sur l’enseignement du français en Louisiane.