La nouvelle littéraire: impressions et minimalisme
En effet, le minimalisme indissociable au genre confère à la nouvelle sa force et sa richesse. Ainsi, la vérité cachée sera perçue par le lecteur sans être explicitée par l’auteur. La vieille maxime s’impose toujours : dans la nouvelle, il ne faut pas dire la chose, il faut plutôt la faire sentir! La nouvelle cherche, par sa concision, à laisser une impression, à créer un lien qui subjugue le lecteur.
À l’inverse du roman, la nouvelle ne nous présente qu’une vision parcellaire des choses. C’est l’oeil qui regarde dans le trou de la serrure. C’est une situation initiale qui nous plonge tout de suite dans le feu de l’action. C’est l’impression laissée par la part de réalité qui nous est présentée. C’est aussi, souvent, le désir de déstabiliser et de faire vivre par l’art toute cette folie humaine refoulée.
Bien sûr, il existe plusieurs formes de nouvelles : des plus traditionnelles, comme celles de Guy de Maupassant, où on nous présente des récits narratifs classiques, et des plus modernes, telles que les histoires de l’Américain Raymond Carver, le roi des non-dits! Cet auteur raconte des tranches de vie en donnant force aux impressions, et ce, par l’usage de symboles liés aux conflits qui déchirent les personnages.
Qu’en est-il de la nouvelle au Canada français? Voici quelques auteurs importants et publications récentes qui méritent d’être lues. En Ontario, il y a bien sûr les oeuvres de Maurice Henrie, telles que Le jour qui tombe (L’Interligne, 2009) et son tout dernier livre, L’EnfanCement (Prise de parole, 2011). Mentionnons également le dernier recueil de nouvelles d’Aurélie Resch, La dernière allumette (David, 2011), qui traite de façon intéressante de la « fragilité de la destinée humaine… »1 Il faut souligner aussi le travail de Marguerite Andersen, éditrice de la revue Virages, la seule revue de création littéraire francophone à l’extérieur du Québec qui publie quatre numéros par année. Cette revue constitue un atout indispensable de la francophonie canadienne puisqu’elle donne fréquemment la parole aux auteurs émergents. Parmi les auteurs de l’Ouest canadien, mentionnons Lise Gaboury-Diallo, dont le premier recueil, Lointaines, a été finaliste au Prix des lecteurs de Radio-Canada 2011. Son deuxième recueil de nouvelles, Les enfants de Tantale, sera d’ailleurs publié cet hiver aux Éditions du Blé. Autres nouveautés qui ne manquent pas d’intensité : les recueils Ma maman était usagée de Cristina Montescu (L’Interligne, 2011) et Moments troubles de Michel T. Héroux (L’Interligne, 2011).
Bref, la nouvelle littéraire est en plein essor et de plus en plus populaire au Canada français. Qu’attendez-vous pour la découvrir?
1 Quatrième de couverture de La dernière allumette, Éditions David, 2011.
Nicholas Hardy