Hubert, le restavèk

Nouveauté de la semaine 16 : Une réalité dont il faut parler

15 mars 2017

Chaque semaine, le RECF présente
une nouveauté franco-canadienne

 

 Hubert, le restavèk de Gabriel Osson

 

Une réalité dont il faut parler

 

Quand on vit dans un monde privilégié, aisé et à l’abri de tout conflit, il est parfois difficile d’imaginer qu’ailleurs, des personnes aussi vulnérables que des enfants puissent être utilisés comme esclaves et être maltraités, voire même abusés. Dans son plus récent roman, Gabriel Osson met en lumière la dure et méconnue réalité des « restavèk », phénomène malheureusement répandu en Haïti, son pays natal. Publié aux éditions David, Hubert, le restavèk est un récit touchant et surtout, nécessaire.

D’abord, il faut dire que le « restavèk », c’est un terme créole qui veut dire « reste avec », donc qui décrit la situation d’enfants qui sont pré-adolescents et abandonnés par leur famille, qui se retrouvent dans des familles à Port-au-Prince, et qui au fond, deviennent des domestiques, sinon des esclaves de la maison, résume rapidement Marc Haentjens, directeur général des Éditions David. On suit donc dans ce roman de fiction basé sur cette réalité Hubert, une composition de beaucoup d’enfants qui sont dans son cas, dont j’ai lu l’histoire soit sur Internet ou dans la documentation d’organismes qui viennent en aide à ces enfants-là en Haïti, révèle l’auteur, Gabriel Osson.

En tant que « restavèk », Hubert servira de domestique à une famille où l’a envoyé sa tante et subira quelques sévices. Heureusement pour lui, le séisme de 2010 bousculera évidemment la famille dont il est la propriété, et il réussira à s’échapper de la maisonnée. Mais Marc Haentjens confirme que l’histoire continue, il va être un peu récupéré par un gang de voyous dans un quartier dur de Port-au-Prince. Ça va se terminer relativement bien, car Hubert a quand même eu l’occasion d’apprendre à lire et à écrire grâce à la fille de la maison où il habitait, on peut donc imaginer que cela lui ouvrira quelques portes.

Pourtant, selon Gabriel Osson, il y a bien des « restavèk » qui n’ont pas autant de chance. De son enfance est venue l’inspiration pour ce récit : je me souvenais qu’il y avait des enfants qui étaient vraiment maltraités, dont j’entendais parler, et qui travaillaient vraiment tout le temps, du matin jusqu’au soir. Donc j’ai décidé d’approfondir davantage l’histoire, raconte celui qui affirme que les « restavèk » peuvent commencer ces mauvais traitements d’enfant-esclave dès l’âge d’environ huit ans, et qu’on ne les appelle jamais par leur prénom, afin de leur faire perdre leur identité, puisqu’ils sont à peine considérés comme des humains.

Selon son éditeur, c’est avec beaucoup d’humanité que Gabriel Osson réussit à dépeindre non seulement la triste réalité des « restavèk », mais aussi la vie à Port-au-Prince, autant de sa vie nocturne que de ses bas-fonds. C’est vraiment une très belle histoire, très touchante, qui nous fait plonger dans Port-au-Prince, qui est une ville extrêmement dure, une réalité très difficile, et à travers une condition particulièrement dure elle aussi, décrira-t-il, ajoutant que le récit est fort bien construit, possède plusieurs rebondissements et qu’on y embarque très aisément.

L’histoire de ces enfants-là mérite d’être connue. Si j’avais un appel à l’action à lancer, c’est que moi je veux en parler; je veux que les gens m’invitent à venir en parler, je suis prêt à aller partout faire des causeries pour que les gens sachent qu’il y a cette situation à dénoncer. C’est une cause plus grande que mon livre; le livre est juste un véhicule pour pouvoir faire connaître ça, conclura Gabriel Osson, qui rêve de vendre 400 000 copies d’Hubert, le restavèk, une copie pour chaque enfant « restavèk » qui est présentement en Haïti; il y en a entre 400 et 500 000.

Cet auteur d’une grande générosité a endossé l’histoire de son héros et s’est en quelque sorte investi d’une mission afin de défendre les « restavèk ». Toute histoire d’enfant-esclave devrait interpeller tout le monde. Moi, je crois que les enfants ont le droit au bonheur, qu’ils ont droit à l’éducation, de pouvoir jouer, alors que c’est une situation qui empêche tout ça à ces enfants-là. Toutes les redevances qui vont revenir à l’auteur pour la vente d’Hubert, le restavèk seront versées à deux organismes qui viennent en aide à ces enfants en Haïti.

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Alice Côté Dupuis
15 mars 2017