Nouveauté de la semaine #14 : Aller à la rencontre de l’autre

1 mars 2017

Chaque semaine, le RECF présente
une nouveauté franco-canadienne

 

Conjugaison des leurres de Tina et André Charlebois

 

Conjugaison des leurres

Aller à la rencontre de l’autre

 

Le travail d’auteur en est un solitaire, ne recevant de rétroaction sur ses écrits qu’en de rares occasions, lorsque l’opportunité se présente de rencontrer ses lecteurs. Mais jusqu’où le fruit de ses écritures pourrait-il aller s’il était confronté à des réactions immédiates, en cours de rédaction, et que celles-ci faisaient évoluer le contenu avant même sa publication? C’est l’expérience qu’a tenté la poétesse ontarienne Tina Charlebois, en écrivant avec son père, André Charlebois, Conjugaison des leurresun recueil de poésie aux multiples points de vue et réflexions publié aux Éditions L’Interligne.

C’est une écriture à deux voix et à quatre mains, explique simplement André Charlebois, pour qui il s’agit de la première publication en poésie, contrairement à sa fille qui évolue dans le milieu. On a pensé qu’on aimerait peut-être juste partager des écrits, pour commencer. À la suite de nos rencontres hebdomadaires, on a remarqué qu’il y avait des thématiques qui revenaient, sur lesquelles on a pu s’entendre, et on a continué à écrire et à partager nos écrits, développe le père, qui avoue que les réflexions et les thématiques soulevées par chacun étaient définitivement un reflet de leur génération, d’un aîné et d’une jeune adulte.

On n’a pas du tout les mêmes références culturelles, il y a environ 30 ans de différence, alors ça c’était intéressant, ça m’a amenée à faire un peu plus de recherches et à pousser mes propres images, aussi. Ça m’a renouvelée dans ma propre écriture, avoue pour sa part sa fille Tina, qui écrit depuis longtemps, et qui a trouvé cela très enrichissant de travailler avec son père. D’être littéralement dans la même pièce quand on écrit, l’un en face de l’autre chacun sur son ordinateur, que chacun fasse sa propre chose et qu’on se réponde, se l’envoie par courriel, se lit, se commente, c’était vraiment intéressant!

André Charlebois abonde dans le même sens. Je ne pense pas que ça aurait suscité les mêmes réflexions d’écrire seul, parce que quand on intervient l’un et l’autre, c’est définitivement une réaction à ce qui a été dit. C’est pour ça que d’écrire à deux voix a été très riche pour nous, ça nous a permis de se connaître soi-même, mais aussi d’apprendre à se connaître l’un l’autre! Au point qu’on continue encore à écrire tous les lundis soirs.

Durant ces séances hebdomadaires d’écriture, les deux complices se donnaient des thèmes sur lesquels écrire, et se faisaient réagir l’un l’autre. Sur la solitude, sur la campagne versus l’urbanité, sur l’écriture comme tel, sur la politique et le temps, sur la routine et le quotidien, des choses comme ça. On s’est donné des thèmes plus généraux, on échangeait chacun notre point de vue sur ça, et ensuite on répondait au point de vue de l’autre dans le recueil. Selon la jeune auteure, il y a donc autant de points de vues réels des deux écrivains que de réactions aux écrits de l’autre, dans ce recueil où chacun partage son texte à tour de rôle sur un thème, et même dans une police de caractère différente, pour bien différencier les points de vue.

Cette prose en paragraphes, mais vraiment très poétique, telle que décrite par Tina Charlebois, se veut aussi très accessible, non seulement en raison des thèmes généraux abordés que par la différence des points de vue offerts. On peut le voir aussi comme un recueil de pensées de deux différents auteurs. Je pense que c’est ça qui fait sa beauté : c’est que sans s’en rendre compte, c’est de la poésie, parce que c’est poétique dans son écriture, mais essentiellement, ce sont plus des réflexions.

Conjugaison des leurres d’André et Tina Charlebois est publié aux Éditions L’Interligne.

Tina et André Charlebois

Tina et André Charlebois au Salon du livre de l’Outaouais 2017

Alice Côté Dupuis
1er mars 2017