Le legs d'Eva

Nouveauté de la semaine #25: Sortir de la réserve

17 mai 2017

Chaque semaine, le RECF vous présente
une nouveauté franco-canadienne

 

Le legs d’Eva de Waubgeshig Rice

 

Sortir de la réserve

 

C’est parce qu’on connaît trop peu la réalité et le quotidien des Autochtones, et qu’on ne sait rien de leur vie sur les réserves, qui sont pourtant si près de nous, que les Éditions David ont décidé de proposer leur tout premier livre traduit. Et pour nous permettre d’appréhender cette réalité qui nous côtoie, il n’y avait pas de meilleure œuvre que celle de l’auteur et journaliste anishinaabe Waubgeshig Rice, dont le roman Legacy paraît maintenant sous le titre Le legs d’Eva, dans une traduction de Marie-Jo Gonny.

Waubgeshig Rice nous plonge dans l’histoire d’une famille qui traverse une tragédie et qui essaie de guérir et de faire face à ce drame en retournant à sa culture anishinaabe et en trouvant une façon de continuer à avancer. Le drame en question arrive par la fille aînée, Eva, qui est partie étudier en droit à l’université à Toronto, avec l’objectif de revenir à la réserve pour défendre les droits de sa communauté, mais qui malheureusement sera tuée prématurément, explique le directeur général des Éditions David, Marc Haentjens.

C’est donc dans une réserve fictive du nord de l’Ontario, dans une famille de cinq enfants, que l’auteur nous transporte, décrivant quatre quêtes individuelles – une pour chacun des frères et sœur – pour trouver une façon de surmonter la douleur, mais aussi et surtout, d’honorer la mémoire et le legs de leur sœur assassinée. Les membres de la fratrie réagiront tous différemment.

Du frère aîné qui, selon l’éditeur, est passé à travers tout ça avec beaucoup de sagesse en cherchant plutôt le réconfort dans une forme de spiritualité, jusqu’à la petite sœur, qui va suivre une tante dans une espèce de rituel de purification et de cueillette d’herbes sacrées, en passant par le second frère qui, lui, se précipite dans une vie de débauche absolue, on nous dresse un portrait complexe des différentes réactions possibles à une telle tragédie et des façons différentes qu’a un humain de faire face à un tel drame. Donc à travers la réaction des frères et sœurs, on est un peu entraînés dans la vie de la réserve et dans la réalité d’être Autochtone et d’être confronté à cette société qui les entoure.

C’est partiellement inspiré par l’histoire de sa propre famille que l’auteur a imaginé ce récit. Une de mes tantes a été assassinée un peu avant ma naissance, en 1979, et tout au long de ma vie, j’ai vu la façon dont les membres de ma famille ont trouvé différentes façons de guérir et d’honorer sa mémoire. En grandissant, on me parlait d’elle comme étant une personne amusante, très gentille et qui avait de grandes ambitions, plutôt que de se concentrer sur le fait qu’elle a été victime d’un crime. Ils voulaient être certains qu’elle ne soit pas définie uniquement par cet acte violent qui lui est arrivé. C’est donc dans le même esprit que Waubgeshig Rice a imaginé la famille fictive de son roman et a voulu donner de l’humanité à ses personnages, tout en donnant au lecteur l’impression d’entrer un peu dans la communauté.

Ce sentiment, c’est en partie grâce au style d’écriture très descriptif de l’auteur, qui nous explique, est très minutieux et très précis dans sa façon de raconter, et en même temps, on sent en arrière toute la charge émotive qui est prête à exploser. C’est très en retenue, et c’est ça qui donne beaucoup de force au roman, selon l’éditeur. Mais au final, c’est surtout grâce à l’authenticité de l’auteur, qui trouve de la plus haute importance de créer des ponts et un dialogue entre les communautés autochtones et les Blancs, simplement en permettant une compréhension mutuelle, et de sensibiliser les gens de l’extérieur aux réalités vécues sur les réserves.

J’aimerais que les nouveaux lecteurs retiennent qu’il y a beaucoup de diversité même au sein des communautés autochtones et qu’au fond, nous sommes des gens comme tout le monde, même si nous vivons avec certaines tragédies dans plusieurs de nos communautés. Nous aussi voulons vivre dans de bons endroits et nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos enfants, achève d’expliquer Waubgeshig Rice, secondé par son éditeur francophone, Marc Haentjens, qui espère que tout le monde lira ce roman. Je pense qu’on est tellement ignorants de ce que vivent mais aussi de ce que peuvent ressentir les Autochtones, et c’est vraiment une excellente introduction. C’est aussi une magnifique histoire, c’est extrêmement touchant et bouleversant.

Le roman Le legs d’Eva, de Waubgeshig Rice traduit en français par Marie-Jo Gonny, est publié aux Éditions David.

  Alice Côté Dupuis
17 mai 2017