«L’autre ciel» de David Ménard: Célébrer la différence

5 octobre 2017

Chaque semaine, le REFC vous présente
une nouveauté franco-canadienne

 

L’autre ciel de David Ménard 

 

Célébrer la différence

 

En cette époque où toutes les portes nous sont ouvertes et où le champ des possibilités est vaste, nous n’avons possiblement jamais été aussi perdus. Tout le monde cherche à se trouver, et pour ce faire, il faut parfois changer, se transformer, devenir autre pour pouvoir atteindre la meilleure version de soi-même. C’est à cette quête d’altérité authentique que l’auteur David Ménard s’est intéressé dans sa plus récente création, un livre hybride à la frontière de la prose et de la poésie intitulé L’autre ciel, publié aux Éditions Prise de parole.

Ayant reçu une éducation religieuse assez complète, comprenant un rôle de servant de messe bien assidu et dévoué, l’auteur David Ménard a toujours été fasciné par les écritures saintes et garde cet héritage religieux profondément ancré en lui. Comme les chemins de croix qu’il effectuait dans sa jeunesse pour se sortir de quelque chose et avoir un sentiment de renouveau, il a imaginé pour sa plus récente parution un récit de renaissance en 14 chapitres, en référence aux 14 stations du chemin de croix du Christ. Je trouve qu’on est dans une époque où la laïcité bat son plein, et je crois parfois qu’on manque de rituels ou de croyances, et j’avais envie de rajouter un petit côté spirituel, indique l’auteur, s’empressant d’ajouter qu’il ne tombe toutefois pas dans l’ésotérisme.

C’est l’histoire de Marie Madeleine; je me suis imaginé qui serait Marie Madeleine si elle avait vécu dans notre siècle, à notre époque postmoderne, et en fait, je l’ai imaginée en homme qui se prostitue en femme pour obtenir la somme d’argent dont il a besoin pour changer de sexe. Que cela ne refroidisse pas les athées, donc, car David Ménard nous mène malgré tout assez loin de la Bible traditionnelle. Je présente une Marie Madeleine nouveau genre, dont la prostitution pour laquelle elle est si bien connue dans l’Histoire est ici au service d’un but précis : la transformation, la métamorphose, explique celui qui avoue s’être réapproprié son héritage religieux et avoir revisité les valeurs catholiques qu’il a reçues durant son enfance pour en développer de nouvelles, à sa façon.

En attente à la clinique d’un hôpital américain, sur le point d’obtenir son opération de changement de sexe, la Marie Madeleine moderne imaginée par David Ménard se met à délirer et à se remémorer ses rencontres avec ses clients, ceux qui lui ont permis d’amasser assez de sous pour se faire opérer. Dans un style très poétique, l’auteur tente de faire comprendre à ses lecteurs qu’il ne faut pas avoir peur de qui on est, d’être soi, d’essayer d’atteindre la meilleure version de soi-même.

C’est un récit qui parle d’un vif besoin d’altérité et du besoin de se faire autre, de se métamorphoser, de se transformer, achève de raconter l’auteur, qui admet qu’au final, son livre ne porte pas tant sur le changement de sexe que sur la soif de changement, de renouveau et de renaissance. Et ça, je crois que ça parle à plusieurs personnes. Si son livre pouvait d’ailleurs inspirer des jeunes avec des questionnements identitaires, il espère que ce soit de façon positive : ça demeure une œuvre de fiction et je n’ai pas la prétention de croire que je suis un expert dans le domaine des transgenres ou du changement de sexe. Mais en leur offrant Marie Madeleine, je leur donne un personnage qui leur tend la main dans leur voyage au bout de l’altérité, dans leur quête de transformation, de métamorphose.

L’autre ciel de David Ménard est publié aux Éditions Prise de parole.

Alice Côté Dupuis
4 octobre 2017