Le jury se prononce sur les titres en lice du Prix Champlain

26 janvier 2017

Le jury du Prix Champlain s’est réuni au cours des derniers jours afin de délibérer et de sélectionner les cinq titres finalistes. Les trois membres du jury ont applaudi l’excellence et la qualité des œuvres en lice et partagent ici sur leur impression sur chacune d’entre elles.

Marjorie Chalifoux

Véronique-Marie Kaye

RECF

Marjorie Chalifoux de Véronique-Marie Kaye

(Éditions Prise de parole) 

Commentaire du juryLa première de couverture nous incite à croire que voilà encore un roman mettant en scène une jeune fille écrasée par les conventions sociales des années 1950. Mais lisez les titres des chapitres et, déjà, se dégage un humour singulier. Et dès le prologue, par les comportements inattendus des personnages, cet humour s’empreint d’une franchise impitoyable. En renversant les clichés de la vie quotidienne, la Marjorie Chalifoux de Véronique-Marie Kaye nous montre la vérité implacable des choses, sans indulgence. L’auteure a écrit pour le théâtre, pratique qui se reflète dans les très efficaces dialogues et dans la maîtrise de la langue populaire. Même si les deux épilogues nous présentent en synopsis un dénouement anticipant une famille élargie, riche et heureuse dans un avenir prometteur, on peut déceler autre chose qu’une fin heureuse. Métaphoriquement, le texte noue tous les fils de l’histoire future avec de longs points, comme on faufile en couture. Technique appropriée, puisque Marjorie est couturière. Mais le faufilage ne sert qu’à maintenir provisoirement les parties d’un ouvrage. On referme le roman. Alors, l’illustration de la couverture est soudainement criante d’ironie, les fleurs et les petits cœurs rembourrés cachant un risque narratif maintenant révélé.

Le Grand Feu

Georgette Leblanc

Le Grand Feu de Georgette LeBlanc

(Éditions Perce-Neige)

Commentaire du juryUn livre qui ne ressemble à aucun autre : voilà comment pourrait se décrire Le grand feu de Georgette LeBlanc. Ce récit poétique ou ce poème épique se propose de nous raconter l’histoire du Grand Feu de 1820 à la Baie Saint-Marie. Il y mène, en effet, mais le chemin qui y conduit est une magnifique occasion de relater le destin mythique de ce coin du monde et de nous parler de passion, de création, de la vie qui bat dans chacun des personnages qui l’habitent. On y suit en particulier Cécile Murat, amoureuse et poète, et le feu annoncé par le titre est aussi celui qui l’anime. La langue palpite dans ce texte, oscillant entre l’oral et l’écrit, entre les registres et les idiomes eux-mêmes, dans un bel ensemble coloré et débridé. Le lexique, à la fin du livre, est en soi un essai poétique sur la langue. Cette œuvre constitue un ajout d’importance aux littératures de langue française.

Le Cinquième corridor

Daniel Leblanc-Poirier

 Le cinquième corridor de Daniel Leblanc-Poirier

(Éditions Perce-Neige)

Commentaire du juryIndéniablement, une voix au timbre singulier, soutenue par une écriture souple qui coule de source, traverse le texte. Le rythme des phrases, le ton du discours, ainsi que les étonnantes comparaisons, images et métaphores qui sont déployées au fil des pages vont à contre-courant de l’histoire racontée. En effet, ce très court roman met en scène un des sujets habituels qui farcissent la littérature contemporaine, dans ce cas-ci le gars désabusé qui déambule dans la ville, éperdu par sa peine d’amour qu’il caresse inlassablement. Cependant, par son écriture lumineuse, le texte dépasse le cliché et nous entraîne un peu plus loin dans la psychologie des personnages. Et de page en page, en un trait de plume, l’auteur trouve toujours l’image surprenante pour décrire les observations et les états d’âme de son narrateur. Et ainsi, sous le désabusement urbain plane un certain humanisme, mais dévêtu de l’agaçante espérance.

Du pain et du jasmin

Mazigh, Monia_

Du pain et du jasmin de Monia Mazigh

(Éditions David)

Commentaire du juryLe jury tient à souligner le travail remarquable de Monia Mazigh pour son roman Du pain et du jasmin. À la manière d’un concerto, deux voix se font entendre à 25 ans d’intervalle. Dans un premier temps, la mère raconte des événements qui se sont produits à Tunis, en 1984 et en alternance, sa fille, partie étudier dans la ville de sa mère, à Tunis, relate, à son tour, des événements qui eux se passent en 2010. Deux révolutions qui tendent vers un même but, le rejet de l’oppression.

Le roman est écrit de façon classique ; la trame de cette histoire se déroule lentement afin que le lecteur puisse ressentir le cahot vécu par les protagonistes. Mazigh a créé des personnages féminins forts qui cherchent à tout prix à s’émanciper des traditions. Ces femmes prennent des risques, rejettent l’autorité et résistent. Les dialogues sont précis, incisifs et l’action prend son importance à la mesure du temps fragmenté. L’écriture est sobre, sans artifice, mais efficace. Le style est limpide, sans fioritures.

Le jury salue ce roman, qui laisse dans la mémoire, un goût de liberté possible dans ce monde en pleine mutation.

La littérature du vacuum

Gaston Tremblay

La littérature du vacuum de Gaston Tremblay

(Éditions David)

Commentaire du jury : Cet essai retrace la genèse de la littérature franco-ontarienne, littérature trop peu connue  dans le paysage de la francophonie. La quête de l’identité, toute la question de se démarquer des écrivains québécois et enfin ce désir de créer une littérature propre à cette francophonie, devient légitime et a sa raison d’être. Cet essai devient un outil de référence pour quiconque s’intéresse à la littérature hors Québec.

 

Le titre gagnant du Prix Champlain sera connu le mercredi 1er février 2017. 

 

Pour connaître tous les détails du Prix Champlain, consultez le communiqué de presse.

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