Discussion sur le roman acadien contemporain au Salon du livre de Montréal

23 novembre 2016

L’importance de se reconnaître dans sa littérature

 

Le nom d’Antonine Maillet n’est plus à faire, et même le plus montréalais des lecteurs a certainement entendu parler de l’œuvre de cette romancière néo-brunswickoise. Mais outre La Sagouine, que reste-t-il de la littérature acadienne de nos jours et pourquoi est-il important de la reconnaître comme distincte? C’est à l’occasion de la 39e édition du Salon du livre de Montréal que les Éditions David et Perce-Neige ont décidé d’ouvrir la discussion sur le roman acadien contemporain, lors d’un événement à l’Agora en compagnie des auteurs Alain Pierre Boisvert, Gracia Couturier et Christiane St-Pierre.

Animée par Marie-Michèle Giguère, la discussion a vite fait de rappeler qu’il s’agissait d’abord d’une belle alternative, d’une offre différente pour le public que de camper les histoires en Acadie, dans des milieux plus ruraux, que dans de grandes villes qui sont souvent en vedette dans la plupart des grands romans. Les gens de Montréal oublient souvent qu’un des cadeaux auxquels ils n’ont pas droit est de voir les étoiles, a confié à la blague Alain Pierre Boisvert, installé au Nouveau-Brunswick depuis une dizaine d’années et auteur de mépapasonlà (Éditions David).

Celui qui s’est basé sur un fait réel qui s’est déroulé à Montréal – un reportage de l’émission Enquête qui voyait des parents accusés de maltraitance envers leur enfant en l’amenant à l’hôpital – a décidé de déménager l’action de son roman à Fredericton, tout simplement parce que la campagne et la beauté de l’Acadie l’inspirent davantage. Pour Gracia Couturier, native d’Edmundston et auteure de L’ombre de Chacal (Éditions David), il s’agit d’un désir d’inscrire ses lieux dans la littérature : Quand on est jeune, qu’on lit et qu’on ne se reconnaît nulle part, on pense qu’on n’existe pas vraiment, qu’on n’est pas assez important pour être dans la littérature.

Les trois œuvres très différentes des auteurs invités à la discussion ont donc ce désir en commun de représenter la région acadienne, mais de le faire tout en s’inscrivant dans la modernité, selon Christiane St-Pierre. Je suis très inspirée par mon coin de pays. La vie à Caraquet est beaucoup plus simple, beaucoup plus calme, même si elle bouillonne beaucoup. C’est un monde que j’ai eu le goût de raconter, explique l’auteure de L’assassin avait toujours faim (Éditions Perce-Neige).

Mais Gracia Couturier est allée plus loin : Les premiers romans acadiens étaient des romans historiques, et il le fallait, c’était une appropriation du territoire. Mais au 21e siècle, il n’y en a plus de frontière. Nos romans font partie d’une littérature universelle, ça parle de nos préoccupations. Cette déclaration est certainement la meilleure analyse de cette discussion autour du roman acadien contemporain qui a eu lieu le vendredi 18 novembre, faisant même réagir Marie-Michèle Giguère, l’animatrice de la soirée, qui a résumé qu’une fois qu’on a posé les balises historiques, on est émancipé et on peut explorer.

Émancipés de l’histoire, oui, mais Gracia Couturier a apporté une importante nuance. Ça ne veut pas dire renier ses origines. Ça coule dans notre sang de toutes façons, et des fois notre inconscient nous trahit. D’accord, on n’en reste pas esclave, mais on ne renie pas. Ça dépend de ce qui nous habite.

Visiblement, Gracia Couturier, Alain Pierre Boisvert et Christiane St-Pierre sont habités par leur chère Acadie, et ils ne cesseront pas de la dépeindre dans leurs écrits. La jeunesse acadienne a droit maintenant à beaucoup de livres écrits en Acadie, et en grandissant, ils s’attendent à se retrouver dans nos œuvres, croit M. Boisvert, rappelant par le fait même que ça n’est pas qu’une question de fierté, mais simplement d’identité; une identité propre et distincte.

Table ronde au SLM 2016 Table ronde au SLM 2016

Alice Côté Dupuis

23 novembre 2016