Bouton d’or Acadie ou comment l’accès à la culture passe par les livres

15 septembre 2016

Bouton d’or Acadie est la seule maison d’édition franco-canadienne qui est vouée à la littérature jeunesse. À une ère où les écrans sont omniprésents dans la vie des enfants, comment faire pour capter l’intérêt des jeunes lecteurs? Entrevue avec la pétillante Marie Cadieux, directrice générale et littéraire de ce petit bijou acadien.

 — Marie, pouvez-vous nous parler de la maison d’édition Bouton d’or Acadie et de sa ligne éditoriale?

Basée à Moncton, au Nouveau-Brunswick, la maison d’édition est acadienne, et plusieurs de ses titres « classiques » sont liés à l’histoire fascinante de cette existence française unique en Amérique du Nord. La ligne éditoriale est bâtie sur le respect du jeune lecteur et sur la valeur littéraire des projets proposés. La majorité de ses auteurs et de ses illustrateurs sont canadiens, mais Bouton d’or Acadie a également accueilli des créateurs du monde entier. Les titres de la maison, qu’ils soient d’auteurs et illustrateurs d’Acadie ou d’ailleurs dans le monde, sont tous créés en Acadie et imprimés au Canada.

 — Comment et surtout pourquoi, avez-vous décidé de devenir éditrice?

La littérature a toujours fait partie de ma vie. La littérature jeunesse a baigné mon enfance,  j’étais une lectrice vorace. J’ai pensé faire des études en lettres, mais finalement j’ai fait des études en théâtre. Lorsque j’étais réalisatrice, j’étais d’abord et avant tout une auteure : une auteure d’image, de recherche, de scénario. La littérature nourrit tout ce que je fais. La littérature jeunesse, plus particulièrement, réunit mon amour des images et celui des mots. J’ai un grand plaisir à monter les livres et à travailler avec les illustrateurs, de questionner le texte pour voir ce qu’il peut donner comme image. Je ne suis pas adverse au côté mise en marché des livres, je crois que la médiation du livre fait partie de mon travail.  Être éditrice, c’est faire appel à un ensemble d’habiletés et, en plus, il y a tellementde belles découvertes. Il n’y a pas deux journées qui sont semblables!

 — En quoi consiste le métier d’éditrice de littérature jeunesse et quels sont, selon toi, ses plus gros défis?

L’équilibre! Il y a un foisonnement de livres intéressants sur le marché qui font plaisir aux adultes, qui séduisent leur sens d’esthétiques, mais l’éditeur jeunesse, selon moi, doit rester dans le monde de l’enfance. Les enfants sont bombardés de produits dérivés des grands films américains. Notre défi en tant que petit éditeur est de faire des créations qui respectent le monde de l’enfance, sans tomber dans la facilité, tout en essayant d’avoir un attrait commercial. Chez Bouton d’or Acadie, on a pris des risques avec certains titres, je pense à Une étoile sur la dunemais ce risque en a valu la peine, car le livre devait être publié, et il a réussi à trouver sa place.

 — Quelles sont, d’après vous, les spécificités d’une éditrice jeunesse de la francophonie canadienne?

Le monde de l’édition jeunesse est foisonnant, le territoire est extrêmement occupé. La compétition est très importante. Notre bassin premier de lecteurs est restreint (Nouveau-Brunswick), on tient à faire des beaux livres et les garder à un prix abordable. On doit aussi essayer d’être connu et reconnu dans les marchés plus vastes, soit le Québec et la France. Pour une petite maison d’édition de prendre sa place et d’être visible, n’est pas chose facile. Il faut que les livres soient disponibles, il faut rejoindre le plus de gens possible. C’est exigeant, mais il faut le faire, il faut être là où est le lecteur. J’ajouterais qu’un éditeur franco-canadien accueille souvent les premiers textes d’un auteur, notre maison permet d’ouvrir les portes de l’édition à ces auteurs.

 — En quoi la littérature jeunesse joue-t-elle un rôle essentiel dans l’accès à la culture?

C’est la porte d’entrée à tout le reste. Sans littérature jeunesse, sans un sens du merveilleux, je pense qu’il n’y a rien d’autre qui se passe au niveau de la créativité et de l’évolution d’une personnalité. Tout part de là. Même le goût du sport ou des sciences, tout passe par la découverte du mot.

 — Pourquoi est-ce important que la littérature jeunesse ait une place de choix à l’école?

Les études le prouvent ; les enfants qui ont plaisir à lire sont en meilleure santé mentale et physique. Je ne pense pas qu’il y a un enseignant qui n’a pas captéses élèves dès les premiers mots lors de la lecture d’une histoire à voix haute en classe. Les premières découvertes de soi, des autres et du monde se bâtissent autour du conte. La lecture, c’est une drogue douce pour l’intelligence!

Marie Cadieux en action au Festival Interceltique de Lorient (crédit : Robert Le Gall)

Marie Cadieux en action au Festival Interceltique de Lorient (crédit : Robert Le Gall)

 

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