Annette Saint-Pierre et le roman de sa vie

15 novembre 2010

Annette Saint-Pierre vient de publier une autobiographie au titre évocateur : J’ai fait ma chance. Si l’auteure manitobaine a aujourd’hui le sentiment de s’être pleinement réalisée, c’est qu’elle a su choisir « les sentiers qui projetaient le plus de lumière ». Qu’elle ait fondé deux maisons d’édition (les Éditions du Blé et les Éditions des Plaines) et le Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest n’est sûrement pas étranger au fait qu’Annette Saint-Pierre soit désormais une figure de proue de la francophonie canadienne de l’Ouest. Elle a aussi inauguré le premier cours de littérature de l’Ouest canadien au Collège universitaire de Saint-Boniface et publié une dizaine d’œuvres bien ancrée dans le milieu manitobain et teintée d’humanisme, incluant Sans bon sang, De fil en aiguille au Manitoba et À la dérive.

Née à Saint-Germain de Grantham, au Québec, Annette Saint-Pierre est profondément attachée au Manitoba, sa province d’adoption depuis 60 ans. C’est d’ailleurs une rencontre avec Gabrielle Roy, alors qu’elle était étudiante à l’Université d’Ottawa, qui l’a confirme dans sa vocation littéraire. Celle qui fut reçue Chevalier de l’Ordre des Palmes académique (2002) et membre de l’Ordre du Canada (2004) considère que la période la plus mémorable de sa vie fut justement celle consacrée à la restauration de la maison natale de la célèbre auteure, située sur la rue Deschambault, à Saint-Boniface, et devenue musée en 2004.

Pourquoi écrire une autobiographie? 

J’ai senti le besoin de faire ce long retour en arrière, de m’offrir cet exutoire, il y a une dizaine d’années. Puis, j’ai mis ce projet de côté pour écrire À la dérive et Au pays de Gabrielle Roy. Par la suite, j’ai trouvé le souffle pour y mettre enfin le point final. La cause de mes tâtonnements fut sans doute l’obligation de comprendre les vraies raisons des choix que j’ai faits tout au long de mon parcours.

Comment entrevoyez-vous l’avenir de la littérature franco-manitobaine et plus précisément de la littérature franco-manitobaine au féminin?

La littérature franco-manitobaine a maintenant de bonnes racines et elle ira loin, accompagnée d’une littérature au féminin qui commence à poindre. À ce chapitre, les femmes sont les émules de la féministe Nellie McClung, dont le militantisme a permis au Manitoba de devenir la première province au Canada à accepter le suffrage féminin; son bestseller, Sowing Seeds in Danny, en 1908, est une autre plume à son chapeau.

Comment présenteriez-vous la littérature franco-manitobaine aux lecteurs qui la connaissent peu?

À mes étudiants, je présentais la littérature franco-manitobaine comme une écriture aux thèmes exclusifs. Dès son origine, les premiers auteurs, comme Gabrielle Roy, ont su faire valoir les grands espaces, la solitude des plaines, le voyage interminable, le ciel à perte de vue, le sort des émigrants reçus ou la diversité des ethnies. De nos jours, de jeunes auteurs choisissent la voie de la poésie; elle porte toujours le souffle de l’Ouest canadien. Le Manitoba est un « pays » jeune et dynamique, où tous les talents sont appelés à se développer.

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Article rédigé par Martine Batanian

Photo par Dan Harper