«Le poids du temps» de Maurice Henrie: Des gouttes de sagesse

11 octobre 2017

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Le poids du temps de Maurice Henrie 

Des gouttes de sagesse

 

Quand on a vécu une longue vie bien remplie, des expériences et des enseignements enrichissants, il est normal de penser à passer au suivant et à partager un peu de ce riche savoir à d’autres. C’est du moins ce qu’a entrepris Maurice Henrie avec son ouvrage Le poids du temps, paru aux Presses de l’Université d’Ottawa. Mettant en mots diverses observations sur une multitude de sujets, l’auteur dresse un portrait impressionnant de l’influence exercée par le temps sur sa pensée.

Élaboré sur plusieurs années – au moins six, peut-être davantage -, Le poids du temps se veut un recueil de pensées, de commentaires et de remarques portant sur des sujets aussi variés que la politique, la société, la littérature ou la sagesse, accumulées au fil des ans par Maurice Henrie. Les thèmes qui sont abordés dans ce livre-là sont très variés, je touche un peu à toutes sortes de sujets. C’est le livre d’un bonhomme qui a eu une longue vie et une longue expérience de la vie, et puis qui tente simplement de mettre dans des mots ce que normalement on dirait plutôt oralement. Ce sont des réflexions et une sorte de petite philosophie, si on veut, qui généralement se perd avec la personne, quand elle disparaît, mais que moi j’ai préféré mettre sur papier et conserver, pour ce que ça vaut, décrit l’auteur à propos de sa volonté derrière le projet.

Tour à tour professeur dans les écoles secondaires de l’Ontario, travailleur à la fonction publique fédérale, enseignant à l’Université d’Ottawa puis fonctionnaire à nouveau, soit au Conseil du trésor, au Ministère des Affaires étrangères ou au Bureau du Conseil privé, Maurice Henrie a certainement vécu assez d’expériences variées pour pouvoir se prononcer sur une multitude de sujets, et surtout sur la politique, dans laquelle il a été grandement impliqué. Mais ses premiers amours, ça demeure la littérature, et en accumulant au cours des années ses réflexions, il avait déjà en tête d’en faire un projet de livre. C’est un peu la charrue devant les bœufs, ici, parce qu’au tout début, ces textes-là je les accumulais, comme ça, dans mon ordinateur, au jour le jour, pendant des années. C’est à la toute fin que j’ai tenté de mettre un peu d’ordre dans tout ça. J’ai d’abord mis sur papier la réflexion ou le commentaire qui me venait sur tel ou tel sujet, et des années après, j’ai regroupé ces textes-là en différents chapitres, sous les différents thèmes.

Organiser, oui, mais surtout pas chercher à reprendre, modifier ou nuancer. Car en lisant le produit fini, l’auteur s’est rendu compte qu’il s’y trouvait parfois certaines contradictions, par exemple entre une pensée de 2012 et une autre de 2017. C’est assez incroyable de constater à quel point nos commentaires, nos idées, nos textes vieillissent; que ce qu’on a écrit il y a quatre ou cinq ans, on ne l’écrirait plus maintenant, ou bien on l’écrirait de manière différente, ou bien on l’écrirait de façon tout à fait contraire. C’est assez incroyable de voir à quel point on évolue, remarque l’auteur d’une vingtaine de livres à ce jour, qui ne condamne toutefois pas les contradictions. Bien sûr, il y a des choses qui ont changé, certaines perceptions – vis-à-vis la littérature ou l’univers féminin, par exemple – ne sont plus les mêmes : c’est parce qu’on change et qu’on évolue constamment.

Ce livre-là est un témoignage de ce phénomène-là : qu’un écrivain, quand il travaille, sans s’en rendre compte forcément, évolue; évolue constamment. Chaque pensée est donc la représentation exacte de sa société au moment où l’auteur écrivait chacune de ses lignes, au cours des années, et c’est pour démontrer cette évolution qu’il n’a pas voulu repérer les contradictions et tenter de les corriger. Il y en a, des contradictions, mais ce sont les textes qui nuancent, qui ne sont pas tout à fait les mêmes, qui témoignent d’une évolution de la pensée. Je n’ai pas voulu les changer, je n’ai pas tenté de mettre une sorte d’harmonie entre mes pensées, entre les idées. J’ai voulu les mettre comme elles sont venues, explique-t-il pour décrire sa démarche, qui justifie par le fait même le titre de son ouvrage.

Fréquemment lapidaires, provoquant parfois des sourires, et souvent ironiques, les commentaires de Maurice Henrie sont pour un public averti, qui ont un certain pouvoir de réflexion, puisqu’elles ont pour objectif de susciter des débats. Je veux ça, moi : je souhaite que le livre soit un petit peu embarrassant, qu’il soit un petit peu dérangeant, peut-être même irritant pour certaines personnes. Ça va amener des réflexions, et c’est ce que je souhaite; je veux faire bouger les choses un peu au niveau de la pensée, achève de raconter le grand sage qui espère faire réfléchir les lecteurs à leur propre mode de vie et leur société grâce à ses gouttes de sagesse partagées.

Le livre Le poids du temps de Maurice Henrie est publié aux Presses de l’Université d’Ottawa.

Alice Côté Dupuis
11 octobre 2017