«Mémoires d’un homme inutile» de Camilien Roy: L’heure des grands bilans

27 septembre 2017

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Mémoires d’un homme inutile de Camilien Roy

L’heure des grands bilans

 

Que ce soit à l’adolescence ou bien à l’aube de la quarantaine ou de la cinquantaine, tout le monde est appelé à vivre une sorte de crise existentielle à un moment de sa vie, et presque inévitablement, cela nous mène à faire un bilan et à dresser la liste de nos succès, de nos fiertés, mais aussi de nos échecs et déceptions. Pour sa part, c’est à l’âge de 53 ans, lorsqu’il apprend qu’il ne lui reste plus que six mois à vivre, que le personnage de Mémoires d’un homme inutile, le tout nouveau roman de Camilien Roy publié aux Éditions Perce-Neige, tente de trouver un sens à sa vie. Est-ce que toute vie mérite d’être racontée?

Le titre a de quoi intriguer : pourquoi quelqu’un qui en arrive à croire que sa vie a été vaine, qu’il a somme toute été une personne inutile, écrirait-il ses mémoires? Tout le monde a des aspirations, des rêves, mais avec du recul, il faut voir parfois qu’on arrive pas tout à fait là où on voudrait, qu’on ne fait pas exactement ce qu’on avait espéré, mais est-ce que c’est raté pour autant? Moi je ne crois pas, s’il y a eu de l’effort, s’il y a eu des tentatives. On doit composer avec ça, mais ça ne se résume pas à « j’ai réussi » ou « je n’ai pas réussi »; c’est plus complexe que ça, explique Camilien Roy, auteur de Mémoires d’un homme inutile, dont la formation en psychologie et la profession de conseiller en orientation pour adultes a grandement teinté le regard porté sur son personnage à l’heure des grands bilans.

Bien que son personnage soit conscient qu’il n’a pas mené une vie extraordinaire, il n’a pas non plus une vie désastreuse, mais juste une vie très ordinaire, avec ses petites victoires, mais aussi ses petites misères. Lorsqu’il prend la fuite, il se dit qu’après quelques jours, il trouverait un sens à tout ça, qu’il trouverait une solution, même, pour réparer les pots cassés, mais il se rend vite compte que ce n’est pas aussi simple que ça. C’est donc pour structurer davantage sa démarche que l’homme dépeint dans le roman se met à écrire un genre de mémoire qui lui permet de faire remonter à la surface certaines choses, et d’ainsi repérer les moments de sa vie qui en ont valu la peine. Pourtant, plus il écrit, plus il se rend compte qu’il n’a quand même pas une liste très longue de succès et de choses remarquables.

Qu’à cela ne tienne, c’est avec beaucoup d’humour, de tendresse et aussi d’humilité qu’on suit la quête de ce personnage, qui arrive tout de même à passer en revue les grandes lignes de sa vie, mais aussi de se positionner quant à certaines choses importantes de l’existence, telles que la religion, l’amitié, l’amour, le travail et sa relation avec les femmes. Il n’est pas défaitiste par rapport à sa vie, il n’est pas écrasé, il constate simplement ce qu’il est et ce qu’il est devenu, avance l’auteur, qui voulait insuffler à son récit plus d’espoir que de négatif. Je voulais éviter à tout prix d’écrire un livre qui soit larmoyant. Il y a des moments de tendresse, et aussi des moments difficiles, c’est sûr. Mais si on s’attache à ce personnage un peu perdant, je pense qu’on pourra dire que j’ai gagné mon pari.

L’auteur espère aussi intéresser les lecteurs en leur offrant différents niveaux de lecture : à certains moments, on pourra lire directement les mémoires écrites par la main même de son personnage – il finit souvent les chapitres de ses mémoires en présentant des excuses à certaines personnes, à des choses qu’il n’a pas faites, etc. Ça ne vaut absolument rien, mais ça lui fait du bien de les écrire –, puis à d’autres moments, on prendra connaissance de l’histoire de l’homme d’un angle différent, à travers la façon dont il la raconte à un travailleur social de l’hôpital où il séjourne aux soins palliatifs, en plus des moments de narration réguliers. Il fera d’ailleurs des rencontres marquantes, des gens qui seront au bon endroit, au bon moment, afin de l’aider à composer avec ce qui lui arrive.

Il y a des choses qui nous appartiennent, dans la vie; on a des responsabilités, mais on a aussi des choses qui nous tombent dessus : la maladie, des malchances, des coups durs, la mortalité. C’est là qu’on voit l’étoffe des gens : comment ils vont composer avec ces situations-là, philosophe l’auteur, dont le roman possède un bon fond de psychologie. Ce qui l’a poussé à imaginer cette quête pour le personnage de son plus récent roman, c’est un constat lucide : toute ma vie, j’ai travaillé avec des adultes qui réintégraient le marché du travail, donc ce que je vois autour de moi, c’est que les gens font du mieux qu’ils peuvent. On n’a peut-être pas eu la carrière qu’on voulait, l’épouse ou le conjoint qu’on aurait voulu, mais les gens composent du mieux qu’ils peuvent avec ça. On part avec des rêves, mais à un moment donné on compose avec des défis, et on n’a pas toujours les secrets.

Mémoires d’un homme inutile de Camilien Roy est publié aux Éditions Perce-Neige.

Alice Côté Dupuis
27 septembre 2017